Image du film L'Avocat de la terreur

L'Avocat de la terreur : l'envers de l'histoire contemporaine

Critique

L'Avocat de la terreur

Le parcours d’un homme peut-il résumer un demi-siècle d’Histoire ? C’est le pari de L’Avocat de la Terreur de Barbet Schroeder qui en suivant (et en perdant parfois) les traces de l’avocat Jacques Vergès, nous ballade de l’Europe, au Proche-Orient, du Maghreb jusqu’au Cambodge, de la fin de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 1990…

Le parcours d’un homme peut-il résumer un demi-siècle d’Histoire ? C’est le pari de L’Avocat de la Terreur de Barbet Schroeder (Un Certain Regard) qui en suivant (et en perdant parfois) les traces de l’avocat Jacques Vergès, nous ballade de l’Europe, au Proche-Orient, du Maghreb jusqu’au Cambodge, de la fin de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 1990… Le film, qui pourrait porter comme sous-titre "L’envers de l’histoire contemporaine", permettra en ces temps de révisions aux lycéens les plus curieux de relire d’un autre œil leur programme d'Histoire de Terminale.
Dense et complexe, L’Avocat de la terreur reste foncièrement pédagogique, par la grâce d’un montage qui slalome avec aisance entre les grands procès de l’avocat. Sur un mode tantôt ironique (voire franchement désopilant), tantôt terrible, il montre le parcours d’un homme dont on continue à se demander au final s’il est un héros ou un salaud. Choix de cinéma ou incapacité à percer le mystère, le film ne répondra pas vraiment à la question à la mode "Qui connaît monsieur Vergès ?".
Amoureux passionné, qui plaide pour Djamila Bouhired et Magadalena Kopp, s’enflammant pour la cause révolutionnaire ? Stratège brillant qui impose dans le monde de la plaidoirie la "rhétorique de la rupture" destinée à renvoyer l’accusation à une stérilité argumentative ? Ami douteux qui cultive un réseau nébuleux, des héritiers de l’idéologie nazie au terroriste Carlos, en passant par Pol Pot et une belle brochète de despotes africains ? Héros, revenu de tout, d’un vrai film d’espionnage ?
Une chose est certaine, Vergès sait théoriser et exposer son action. Mais l’acuité de son intelligence laisse éclater un égotisme pétri d’orgueil, l’orgueil de celui qui se vante, à propos du procès Barbie, de valoir à lui seul les trente-neuf avocats de la partie civile.
A travers le portrait de cet homme indéfinissable, c’est un "il était une fois la révolution" que nous raconte L’Avocat de la terreur : l’histoire d’une jeunesse folle éprise d’actions généreuses qui auront viré au fanatisme.

Florence Salé

Professeure de Lettres modernes au lycée Eugène Delacroix de Drancy, en Seine-Saint-Denis. J’ai découvert le cinéma à la télévision, par le biais d’émissions cultes comme La Dernière Séance et Le Cinéma de Minuit. Aujourd’hui mes goûts sont éclectiques : j’aime Lynch, Kurosawa, Hitchcock, Demy. Ce qui me plaît le plus, c'est la narration et ses heurts, ainsi que la mise en images des traits profonds de l'humanité, saisis sur le fil de leur ambiguïté.

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