Image du film Looking For Eric
Un brave type voit lui apparaître son idole, un joueur de foot légendaire. Le "pitch" pourrait être celui d'une comédie à succès, mais on est ici chez Ken Loach, dans la grisaille des faubourgs de Manchester : ce que l'on perd en efficacité comique, on le gagne en authenticité "lad"…

Un brave type dans la mouise, sentimentalement et professionnellement, voit un soir lui apparaître son idole, un joueur de foot légendaire. A coup de philosophie positive et de sentences bien frappées, celui-ci va l'aider à se remettre dans le sens de la marche.
Le "pitch" pourrait être celui d'une comédie à succès, et la présence d'Eric Cantona dans son propre rôle a affolé les compteurs médiatiques. Mais on est ici chez Ken Loach, dans la grisaille des faubourgs de Manchester, dans la vie rien moins que glamour d'un postier de cinquante ans (excellent Steve Evets). Ce que l'on perd en efficacité comique, on le gagne en authenticité "lad"… Malgré un début que l'on pourra juger poussif (la scène de la première apparition de Cantona, étrangement atone) et une construction un peu lourde (incessants retours en arrière pour expliquer l'histoire compliquée d'Eric le postier) on est progressivement gagné par la chaleur du film, et séduit par l'intelligence avec laquelle il réactive la figure du footballeur Cantona (cf la réplique-culte : "I'm not a man, I'm Cantona").
Looking for Eric enthousiasme dans sa dernière demi-heure, en faisant entrer dans le cadre le petit peuple des supporters. A cet égard, un des principaux attraits du film est de "documenter" un univers (celui des supporters de foot) généralement regardé avec condescendance par le cinéma, et notamment de montrer le phénomène inexorable de "gentrification" des stades entamée dans les années 80 après les drame du Heysel et de Hillsborough. Pour se débarrasser définitivement des hooligans, ce sont tout simplement les pauvres que l'on a banni des stades. La discussion dans le pub entre les fans résignés du club mancunien et les irréductibles de FC United (fondé en opposition aux "valeurs" mercantiles du nouveau MU) n'est ainsi pas sans rappeler, sur un mode comique, le Loach politique, celui capable de rendre passionnant un débat sur la collectivisation dans Land and Freedom.

 

Vital Philippot

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