Image du film A l'origine

À l'origine : du fait divers comme métaphore

Critique

A l'origine

Avec l'histoire vraie d'un escroc qui a réussi à monter un chantier d'autoroute, Xavier Giannoli réussit à conférer au fait divers des degrés divers de signification, comme des couches successives dont son film s'enrichit progressivement.
Naturalisme
Au départ, une impasse, celle de Paul le personnage principal en quête de réinsertion à sa sortie de prison. A travers les termes "Ce n'est pas ta place", "Faut pas rester ici", chaque rencontre lui confirme le rejet social dont il fait l'objet. On pourra lire ici l'ancrage naturaliste du film, à travers l'absence d'espoir qui naît de chaque plan. Paul ne va pas tarder à replonger, par désespoir et comme par atavisme. A l'origine, donc, un film social, où un destin se joue. Paul semble comme le premier homme, jeté hors de l'Eden, il y a du Germinal dans A l'origine.
Symbolisme
C'est en arrivant dans une ville, que son destin s'ouvre à lui : on le prend pour ce qu'il n'est pas, un consultant d'une grande société de bâtiments, un messie, un sauveur. Le film quitte le personnage de Paul qui devient de plus en plus Philippe Miller, pour se tourner vers les gens, une communauté asphyxiée, au bord de la dépression. Ces gens-là se tournent donc vers Philippe, présence flottante, aux phrases toujours inachevées, quasi jamais débutées. Littéralement, ils le font devenir ce qu'il n'est pas, et ce dernier voit là l'occasion d'accomplir son grand-œuvre, l'arnaque suprême.
Humanisme
Or, ce chemin se double d'une humanisation du personnage qui se frotte à ses congénères et découvre chez eux une fraternité, l'amour peut-être, et même l'occasion d'être un père. Ces émotions se disputent en lui au cynisme, cette arnaque devient aussi sa possible rédemption. Dans le faux, il accède au vrai.
Métaphore
A l'origine est un film sur l'illusion, comique, pathétique et tragique : le chantier que Philippe fait sortir de terre, à partir de rien, évoque un plateau de cinéma avec ses projecteurs et ses échafaudages. La route sans but au milieu de rien, exprime avec force l'inutilité, une inutilité qui devient la nécessité d'une communauté. Qu'est-ce que le cinéma et l'art en général sinon des projets forcenés, où la course au financement relève de la haute voltige, voire de l'escroquerie, pour mener à bien le projet d'un seul, l'artiste, qui a su créer autour de lui un groupe, travaillant dans un même sens, inutile et tellement signifiant?
La richesse du propos, l'interprétation plus que juste font de ce film un des moments de vérité du festival.

A l'origine de Xavier Gianolli, France 2009, Sélection officielle

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