Image du film Week-end Royal

Week-end Royal : la relation particulière

Critique

Week-end Royal

Depuis le triomphe mondial du Discours d'un roi de Tom Hooper (2010), le grand public s'est familiarisé avec la figure du roi George VI d'Angleterre : son accession inopinée au trône (suite à l'abdication de son aîné Edouard VIII pour épouser Wally Simpson), le handicap de son bégaiement et son combat pour le surmonter, son dévouement au service du peuple britannique… 
Royal Weekend de Roger Michell relate un épisode du règne de George VI de quelques mois antérieur au fameux discours d'entrée en guerre (qui constituait le point d'orgue du film de Tom Hooper) : sa visite d'état aux Etats-Unis (la première d'un souverain britannique !) afin de gagner le soutien américain face à la montée de la menace nazie. La partie est fort ardue pour le souverain : à l'isolationnisme traditionnel de l'opinion publique américaine s'ajoute une antipathie historique envers la monarchie, surtout quand elle est britannique…

Le parti pris du film de Roger Michell est de montrer comment le vieux briscard de la politique et des médias qu'était Roosevelt, par sympathie personnelle (à la fois rapport père/fils, connivence masculine et solidarité d'infirmes) plus que conviction politique (cette question étant à peine effleurée par le film), décide de prendre le jeune roi sous son aile et de l'aider à conquérir le cœur de l'Amérique. Cette entreprise culmine lors d'un pique-nique officiel au cours duquel les photographes immortaliseront le roi croquant joyeusement dans un simple hot-dog : parfaite mise en scène pour mettre le roi à la hauteur du citoyen moyen et s'attirer la sympathie de l'opinion publique américaine… Cette idée d'une "diplomatie du hot-dog" est assez jolie et aurait pu nourrir un chapitre intéressant de l'histoire de la "special relationship" qui unira bientôt l'Angleterre et les Etats-Unis (selon le mot de Churchill). Mais le scénariste et le réalisateur Roger Michell ont choisi d'entrelacer cette intrigue diplomatique à une autre "relation particulière", privée celle-ci : la brève idylle entre un Roosevelt vieillissant et sa cousine Daisy Suckley, voisine de la résidence présidentielle et convoquée (plus qu'invitée) auprès de lui pour égayer ce "week-end royal".

Le problème n'est pas tant que la romance, pas exempte de scènes scabreuses, se révèle singulièrement terne d'un point de vue dramatique (Daisy étant la dernière à comprendre qu'elle se fait des illusions), que le fait qu'elle jette un déplaisant voile de médiocrité sur le président américain, usant de son pouvoir pour obtenir quelques privautés sentimentales ou sexuelles. Alors que Steven Spielberg dans son Lincoln s'était efforcé d'articuler les affres privées du président américain à sa grandeur politique, le film de Roger Michell, en choisissant de regarder l'histoire par le trou de la serrure, ne fait qu'illustrer tristement le célèbre paragraphe de Hegel : "Il n'y a pas de héros pour son valet de chambre ; mais non pas parce que le héros n'est pas un héros, mais parce que le valet de chambre est un valet de chambre, avec lequel le héros n'a pas affaire en tant que héros, mais en tant que mangeant, buvant, s'habillant, en général en tant qu'homme privé dans la singularité du besoin et de la représentation." (Phénoménologie de l'esprit, 1807).

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