Image du film Kinshasa Kids

Kinshasa Kids : gosses des rues

Critique

Kinshasa Kids

Il y a trois ans, Florent de la Tullaye et Renaud Barret avaient fait un tabac avec le documentaire Benda Billili !, qui avaient enflammé la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en prélude à une brillante carrière en salles (le film est aujourd'hui inscrit à Collège au cinéma). Manifestement en proie à la même fascination pour la misère sociale et les splendeurs de la métropole kinoise, le belge Marc-Henri Wajnberg propose aujourd'hui une variation sur les mêmes thématiques (Kinshasa, la musique, les enfants des rues), à la frontière entre documentaire et fiction.
Kinshasa kids suit une bande de "shégués", "enfants sorciers" abandonnés par leur famille et survivant dans la rue (on estime qu'ils sont entre 20 000 et 30 000 à survivre à Kinshasa) : José, Emma, Gaby, Rachel, Joël, Sammy, Michael et Gauthier vont trouver en la musique et en la personne du rappeur Bebson, sorte de clochard céleste, une échappatoire à la dureté de leur vie quotidienne. On comprend bien ce qu'a cherché à faire Marc-Henri Wajnberg : dresser le portrait d'une ville protéiforme à travers un chœur de personnages qui se croisent et se recroisent (le réalisateur revendique l'influence du Short cuts de Robert Altman) pour mieux se retrouver. A l'instar de Benda Bilili !, le film présente un réel intérêt pédagogique pour le tableau qu'il dresse de cette mégalopole africaine (notamment pour une étude de cas sur la pauvreté dans le monde en Géographie en 5ème).

Mais si l'ensemble dégage un dynamisme communicatif, il provoque également un malaise grandissant à mesure que l'on comprend son caractère hybride (une fiction aux allures de documentaires). Certaines séquences de Benda Bilili ! n'étaient certes pas exemptes de manipulation, et on se rappelle des accusations de bidonnage adressées au docu-choc d'Hubert Sauper, Le Cauchemar de Darwin.  Mais Kinshasa Kids joue sciemment à brouiller les pistes, basculant insensiblement de scènes purement documentaires — et exhibées comme telles — (l'impressionnant exorcisme qui ouvre le film) à des épisodes de pure fiction, mélangeant des scènes de comédie bouffonne (les sketchs mettant en scène deux policiers corrompus) et des réalités très dures (le viol —suggéré— d'une des petites protagonistes). Il paraît donc difficilement exploitable avec un public d'élèves, à moins de l'assortir d'un travail —forcément chronophage— sur la nature et le régime des images présentées…

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