Image du film Suzanne

Suzanne : naturalisme et résilience

Critique

Suzanne

Projeté à la Semaine de la Critique, le second long-métrage de Katell Quillévéré (après Un Poison violent) met en scène l’histoire de Suzanne (Sara Forestier) qui pour l’amour fou d’un jeune délinquant abandonne son enfant et quitte sa famille...

Le film revendique un ancrage naturaliste. Le père (François Damiens) est routier, la mère est décédée, la famille pique-nique au cimetière. Suzanne tombe enceinte alors qu’elle n’est que lycéenne, sa sœur Maria (Adèle Haenel) étudie la couture… La vie poursuit son cours jusqu'à la rencontre entre Suzanne et Julien. A ce titre le plan qui les montre enlacés, s’embrassant dans un tunnel de tôle renvoie aussi bien à une vignette de film sentimental (on attend le fondu en noir) qu’à un décor prosaïque laissant présager d’une suite beaucoup  moins rose.

Ces choses-là ayant été dites, la réalisatrice échappe toutefois à son programme naturaliste : si en effet tout n’est pas rose, rien n’est noir pour autant. Le père sait pardonner, la sœur est toujours présente, l’enfant abandonné n’est pas rongé par le ressentiment, la co-détenue de Suzanne est "gentille" et les routiers sympas, le bad boy a des allures de prince charmant et le film s’achève sur un sourire, comme si chaque épreuve était l’occasion d’expérimenter la résilience. On peut lire dans ce choix la volonté bienvenue de ne pas alourdir le propos, mais c'est la vraisemblance qui en pâtit…

Film estimable porté par l’interprétation de comédiens tous justes (exceptée l'absence surprenante de tout accent méridional, alors que l’action se situe entre Alès et Marseille), Suzanne semble en porte-à-faux entre un point de départ très dramatique (l’abandon d’un enfant) et un traitement plus léger qui finit par paraître superficiel.

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