Image du film Tel père, tel fils

Tel père, tel fils : les méandres du long fleuve tranquille

Critique

Tel père, tel fils

Deux couples que leurs niveaux socio-culturels opposent découvrent que leurs enfants ont été échangés à leur naissance à la maternité. Cette situation matricielle permet au cinéaste japonais Kore-Eda Hirokazu (Nobody knows, Still walking) de dérouler son art délicat, évoluant avec grâce entre cruauté et pardon.

Les deux couples sont clairement identifiables et représentent deux facettes du Japon. Le premier renvoie à ce Japon ultra-moderne et conquérant qui fascine autant qu’il suscite la critique : l’époux, architecte dans un cabinet en vogue, travaille sans cesse, tandis que sa jeune épouse a abandonné sa carrière pour se consacrer à leur jeune enfant Keita ; le foyer paraît sans âme ni tendresse, tout y semble fabriqué (ou refoulé) pour programmer l’enfant à réussir. Le second couple, quant à lui, renvoie à ce Japon populaire, farfelu et bouffon, tel que les comédies de Takeshi Kitano ont pu nous en donner l'image : lui tient un magasin bric-à-brac, elle est serveuse dans une gargote ; leurs trois enfants débordent d'une vitalité qui jure avec le calme lunaire de Keita, et les parents semblent chaleureux et aimants, malgré le manque d’argent (ou grâce à lui ?).

Le décor planté, les négociations entre les deux couples subissent des variations d’intensité depuis le mépris silencieux, jusqu’au dialogue empathique, en passant par l’affrontement, comme autant de remous, plus ou moins tourbillonnants, dans les eaux dormantes du grand fleuve tranquille de la vie. L’architecte, si assuré de ce qu’est la paternité, est celui qui perd le plus pied dans ces méandres, avant de refaire surface, délesté de son masque social. Il est d’ailleurs le double avoué du réalisateur, ébranlé par l'apprentissage difficile de la paternité à la naissance de son premier enfant comme il le raconte dans le dossier de presse ("Tous mes dilemmes, mes questionnements et mes regrets même ; c’est la première fois que je déverse ces émotions avec une telle candeur dans un personnage principal.")

Si Tel père, tel fils pose l'éternelle question de l’inné et de l’acquis, ce n’est jamais sous une forme didactique, mais bien en épousant le mouvement feutré de la vie comme tissage d’échos et circonvolutions mentales, tour à tour comiques et cruelles, mais fondamentalement poétiques.

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