Tore Tanzt : le martyre de l'Idiot

Critique

L'année dernière à Un Certain Regard, la pauvre Lucia était méthodiquement martyrisée par ses petits camarades, qui lui faisait manger un gâteau à la merde, la violaient en groupe, lui urinaient dessus, entre autres joyeusetés décrites dans Después de Lucía de Michel Franco. Cette année c'est le malheureux Tore qui se fait battre, affamer puis empoisonner (au poulet avarié), prostituer et finalement émasculer par une famille d'ouvriers dans Tore Tanzt, premier film de la réalisatrice allemande Katrin Gebbe.

A partir d'un fait divers atroce (le carton "inspiré de faits réels" arrive à la fin, comme pour désamorcer les critiques), Katrin Gebbe file une parabole lourdingue sur le martyre : ado bigot (il fait partie d'un groupe intitulé "Jesus freaks") à l'air perpétuellement ahuri, lointain cousin de l'Idiot de Dostoïevski, Tore va vivre un véritable chemin de croix chez le couple de pervers qui l'invite à camper dans son jardin. C'est son sacrifice obstiné, qui, à l'instar de celui de Jésus, permettra de sauver les innocents (en l'occurrence les deux enfants de la famille). A la fin du film, quand Tore attend la mort dans un fossé les bras en croix, on s'attend à entendre les cloches sonner, comme dans Breaking the waves de Lars Von Trier.

Le film de Miguel Franco était sauvé par la puissance de sa mise en scène toute en plans-séquences fixes, et par son choix de traiter le thème du harcèlement sous sa forme collective. On ne voit en revanche pas dans Tore Tanzt, seul film allemand présent en compétition toutes sections confondues cette année, ce qui justifie de nous infliger le spectacle de ces turpitudes

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