Image du film Comment j'ai détesté les maths

Comment j'ai détesté les maths : je t'aime, moi non plus

Critique

Comment j'ai détesté les maths

"Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les maths sans jamais oser le demander." Le documentaire d'Olivier Peyon aurait pu tout aussi bien paraphraser Woody Allen, mais il a préféré Arnaud Desplechin pour s'adresser au plus grand nombre. L'amour des mathématiques n'est en effet pas "la chose la mieux partagée au monde", alors qu'il suffit d'aborder le sujet en soirée pour déclencher le chœur des traumatisés. "Ils sont tellement à te dire qu’ils étaient les derniers que forcément cela interroge quoi, comment pouvaient-ils être autant de derniers ?" s'amuse Cédric Villani, médaille Fields (la plus haute distinction du monde mathématique, attribuée seulement une fois tous les quatre ans).

Comment j'ai détesté les maths commence là, par ces adolescents clamant avec une fierté provocatrice leur haine des maths et leur "nullité" dans la discipline. Ce n'est pas le plus mauvais point de départ pour dévider la pelote complexe de notre rapport aux mathématiques, puisqu'il part d'une expérience vécue, commune à tous les élèves et anciens élèves… Comment apprivoiser un langage aussi codé, aussi abstrait, entrer dans ce monde inconnu ? La question est aussi une question de cinéma. Pour y répondre et "faire passer la rampe" aux maths, Olivier Peyon choisit de filmer des mathématiciens (parmi les plus brillants du monde) et de mettre en scène leur passion communicative. Il le fait avec un amour manifeste et avec les preuves de cet amour, des moyens du cinéma (cinémascope et image somptueuse), comme pour montrer la beauté de l'invisible. Le film nous entraîne ainsi aux quatre coins du monde dans la "mathosphère", du congrès d'Hyderabad en Inde, où Cédric Villani reçoit sa médaille Fields, à l'étonnant institut Oberwolfach en Allemagne, qui accueille les chercheurs internationaux, en passant par une classe de Nantes ou officie un charismatique prof de prépa.

Le film brasse beaucoup de thématiques (la phobie des maths avec la psychologue Anne Siéty, l'histoire des "maths modernes" et du groupe Bourbaki…) et nous perd parfois à courir tant de lièvres à la fois. Mais c'est la rançon d'un sujet tentaculaire, et si rarement traité au cinéma. Comment ainsi parler des maths aujourd'hui sans évoquer leur influence très concrète sur notre quotidien ? La dernière partie du film, la plus complexe, illustre le rabelaisien "science sans conscience n'est que ruine de l'âme" en ouvrant une nouvelle dimension à la réflexion : ces maths qui nous paraissent si abstraites et si éloignées de notre quotidien ont au contraire pris une place primordiale dans la finance (et donc l'économie), via l'élaboration d'algorithmes extrêmement complexes mis au service du trading ; ceux-là mêmes qui se sont retournés contre les banquiers au moment de la crise financière. Jusqu'au bout donc, le film propose donc cette image des mathématiques comme un Janus à deux faces : instrument impitoyable de sélection ou au contraire chemin de liberté, outil de "rébellion" ou arme mise au service des puissants, les mathématiques ne sont que ce qu'on en fait, et c'est pourquoi le film nous invite à nous les réapproprier.

S'il n'est pas forcément à utiliser dans son intégralité dans un cadre pédagogique, le documentaire d'Olivier Peyon offre néanmoins l'occasion rare d'offrir aux lycéens une autre approche sur la discipline, dans un cadre (la salle de cinéma) qui permet de changer de regard. 

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