Image du film Le Vent se lève

Le Vent se lève : Miyazaki tire sa révérence

Critique

Le Vent se lève

En annonçant urbi et orbi qu'il s'agirait là de son dernier long-métrage, le "maître" Hayao Miyazaki à donné à la sortie mondiale du Vent se lève des allures de célébration anthume. Pourtant, même s'il en éclaire certains ressorts intimes (le film s'inspire fortement de ses parents), Le Vent se lève est loin de se résumer à une œuvre-somme compilant les thèmes et figures du cinéma de Miyazaki. Par son choix de s'ancrer dans un univers réaliste et historiquement situé, par son ambiance sombre (et fortement tabagique !) qui le destine à un public plus adulte que de coûtume, par le tissage de références littéraires (le vers de Valéry, tiré du Cimetière marin, mais aussi l'œuvre et la vie du romancier Tatsuo Hori ou La Montagne magique de Thomas Mann) le onzième long-métrage de Miyazaki s'inscrit en rupture dans son œuvre.

Le film romance la vie de l'ingénieur aéronautique Jiro Horikoshi, resté dans l'Histoire comme le concepteur du chasseur Zéro, merveille de technologie qui assura à l'armée japonaise un sérieux avantage dans ses visées impérialistes ; ou l'avion qui attaqua Pearl Harbour, décima l'US Air Force et servit de cercueil aux kamikaze à la fin de la guerre ("kaze" désigne le vent en japonais). Dans cette biographie romancée, Miyazaki tisse habilement la petite histoire et la grande, le mélodrame et la tragédie. Du côté de l'Histoire, le film est scandé par le tremblement de terre de Kanto en 1923, la grande dépression et le basculement progressif du pays dans un expansionnisme qui mènera à la Seconde Guerre mondiale. Du côté de la fiction, il raconte la relation entre Jiro et le grand amour de sa vie, Nahoko, condamnée par la tuberculose.

Le film navigue ainsi entre la description pudique d'une relation amoureuse et le sombre tableau des tragédies du temps, entre la brise délicate d'une poésie ténue et le souffle de l'Histoire. Le caractère de son héros est l'aspect le plus problématique du film : si elle donne l'occasion de splendides scènes oniriques, la passion monomaniaque de Jiro pour l'aviation, née d'une blessure enfantine (myope, il ne pourra jamais devenir pilote), le rend étrangement indifférent à tout ce qui ne porte pas d'ailes. Aux souffrances de Nahoko, qui s'effacera pudiquement pour ne pas entraver les recherches de son mari, mais aussi et surtout à celles que provoqueront les engins de mort qu'il construit…

Le film ne semble jamais se permettre de juger Jiro (on reconnaîtra là le refus tout "miyazakien" du manichéisme), mais le spectateur ne manque pas de s'interroger sur ces non-dits. Si la séduction plastique du style de Miyazaki reste intacte (le film recèle quelques morceaux de bravoure comme la séquence du tremblement de terre, pendant terrien de la tempête de Ponyo sur la falaise), ce film au rythme lent, au héros indéchiffrable et au message complexe pourra laisser certains spectateurs en route.

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