Image du film Pompéi

Pompéi : Tous les chemins mènent à Rome

Critique

Pompéi

Bien sûr, le dernier long métrage de Paul Anderson, Pompéi, est un mauvais film, et on conseillera ici aux cinéphiles de passer leur chemin. Tout y est simple, convenu et récupéré de succès populaires précédents. Sans originalité, l’histoire peine à se démarquer des péplums du XXe siècle qui se sont déjà penchés sur la célèbre éruption du Vésuve qui ravagea, en 79 après JC, les villes de Pompéi et Herculanum. Sans finesse aucune, le scénario tire les ficelles usées du blocksbuster américain : une amourette sur fond de fin du monde, qui se contente de reproduire l’intrigue de Titanic en remplaçant le couple du pauvre vagabond (Di Caprio) et de la belle bourgeoise (Kate Winslet) par celui de l’esclave orphelin (Kit Harrington) et de la riche aristocrate romaine (Emily Browning). Sans inventivité, la mise en scène tire son dynamisme de recettes déjà éprouvées. D’Agora, on récupère les belles vues aériennes d’une cité antique. De Titanic encore on reprend l’utilisation des vestiges de la catastrophe pour introduire et clore le film. De Gladiator, on retient les prouesses chorégraphiques des scènes de combat.

La litanie des critiques peut elle ainsi continuer sans fin ? Sans doute si l’on oublie de considérer Pompéi pour ce qu’il est véritablement : un péplum sérieux et efficace, à inscrire dans la droite lignée de ses prédécesseurs. Les intentions du réalisateur de Mortal Kombat, Resident Evil ou Alien vs Predator sont claires : il s’agit d’attirer le grand public dans les salles obscures. Considéré sous cet angle, Pompei n’a pas à rougir de ses performances cinématographiques. Comme les péplums du XXe siècle, le film de P.W.S. Anderson a une vocation pédagogique implicite. Il faut montrer les réalités anciennes et honorer le défi lancé par Pline le jeune qui énumère, en début de film, les plaies qui ont submergé le quotidien d’une riche cité romaine. Grâce à un budget conséquent, le carton pâte fait place aux effets numériques pour saisir, par l’effet de réel, le spectateur. Le plan de la ville, son port, ses villas, ses rues, ses boutiques, ses arènes, ses passages piétons, son forum, ses temples mais aussi les riches parures, les mœurs et les gestes du quotidien, la hiérarchie sociale (depuis les sénateurs jusqu’aux esclaves, en passant par les simples marchands)… tout est fidèlement reproduit et directement calibré pour un cours sur la civilisation latine. Comme les péplums, Pompéi s’engouffre encore dans la voie du cinéma populaire qui doit séduire sans effrayer. Côté réjouissance, on réactive les fresques du grand spectacle et on reprend les thématiques habituelles du corps dénudé à exhiber quand il est musculeux, à dévoiler subtilement quand il est féminin. Côté modération, on se contente d’une histoire manichéenne qui ne bouleverse ni les cadres sociaux ni les structures politiques puisque tous, bons comme méchants, emportent finalement, dans leur tombe de lave, leurs vices dévastateurs comme leurs critiques légitimes.

Plus que dans l’histoire romaine qui n’est finalement guère exposée, c’est bien dans l’histoire du présent immédiat que le propos du film est en effet à trouver. Comme ses prédécesseurs, le long-métrage fait fidèlement écho aux questionnements de son temps. De l’empire romain à l’hégémonie américaine, il n’y a qu’un pas que P.W.S. Anderson n’hésite pas à franchir. Brutaux, avides, corrompus et arrivistes, les Romains ne font guère mieux que les Américains d’aujourd’hui, pliant à leurs exigences un monde qui doit être parcouru de leurs routes commerciales. Les femmes, les peuples étrangers, les enfants… aucun ne pourra résister aux intérêts économiques et financiers des maîtres du monde. Aveugles et pêcheurs, les Romains refusent encore de prêter attention à la juste colère des dieux, à l’image d’Occidentaux qui choisissent de fermer les yeux sur le drame écologique que leur inconscience a provoqué. La démonstration suffira-t-elle à pousser nos collègues à encourager leurs élèves à voir le film ? En ces temps de crise de l’histoire comme des langues anciennes, tous les chemins peuvent conduire à Rome… y compris les plus tortueux.

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