Image du film Girafada

Girafada : l'Intifada expliquée à mon fils

Critique

Girafada

"Girafada" ? Derrière le titre aux accents à la fois énigmatiques et familiers du premier long-métrage de Rani Massalha se cache en fait un mot-valise, contraction des mots "girafe" et "intifada".  Ce télescopage apparemment incongru entre les sciences naturelles et l'actualité du Proche-Orient résume l'ambition de ce premier film signé par jeune réalisateur d'origine palestinienne : raconter la réalité du conflit-israélien à hauteur d'enfant, en empruntant à l'univers du conte.

Girafada relate l'histoire de Ziad, dix ans, fils du vétérinaire du zoo de Qalqilya, dernier zoo en activité de Palestine. Pour sauver la girafe du zoo, veuve éplorée depuis le dernier bombardement, Ziad conçoit le projet fou de lui trouver un compagnon de l'autre côté du "mur de séparation"… Avec l'aide de son père (Saleh Bakri), d'un collègue et ami israélien (Roschdy Zem) et d'une journaliste française (Laure de Clermont-Tonnerre), Ziad va tenter de faire "évader" une girafe-mâle d'Israël. Le scénario s'inspire de faits réels : c'est non pas un enfant mais le réalisateur lui-même qui a tenté, il y a une dizaine d'années, de sauver la girafe du zoo de Qalqiya (qui existe toujours, dans des conditions toujours plus difficiles) sans y parvenir. En réinventant à cette histoire des péripéties plus extraordinaire et un dénouement plus optimiste, en prenant pour héros un enfant de dix ans, Rani Massalah traduit la volonté de continuer à rêver et à croire aux miracles alors que le conflit israélo-palestinien a des conséquences directes et dramatiques sur la population palestinienne. C'est tout l'enjeu — et la réussite — de ce beau film, qui parvient à parcourir l'étroite ligne de crête qui sépare l'utopie de la réalité, la simplicité du manichéisme, l'optimisme de l'amertume… Rani Massalha s'en tire grâce à un sens très sûr des cadrages (notamment quand il s'agit d'inscrire la silhouette ) et du montage (dans l'alternance entre moments de douceur et ruptures dramatiques), qui lui permet de mêler harmonieusement burlesque (on pense évidemment à son grand aîné Elia Suleiman) et onirisme.

Le film paraît tout à fait adapté à un public de collégiens, à la fois pour une première approche du conflit israélo-palestinien et pour l'étude de mise en scène et de la narration cinématographique. Zérodeconduite.net propose un dossier pédagogique autour du film réalisé par une enseignante de cinéma.

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