Image du film White God

White god : la révolte des animaux

Critique

White God

Il faut croire que le climat n'est pas des plus légers dans la Hongrie de l'ultra-réactionnaire Viktor Orban, pour avoir inspiré au cinéaste Kornél Mundruczó cette étonnante parabole canine, qui a remporté le Prix Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes. Le film prend d'ailleurs pour point de départ une mesure fiscale réellement imaginée par le gouvernement Fidesz en 2011, qui consistait à taxer les propriétaires de chiens, en exonérant les seules races hongroises. Dans la dystopie imaginée par Mundruczó, la distinction s'établit entre chiens de pure race et bâtards : abandonnés par leurs propriétaires, livrés à eux-mêmes dans les rues, les seconds sont pourchassés pour être regroupés dans des chenils avant d'être euthanasiés…  jusqu'au jour où un Spartacus à quatre pattes lance le signal d'une immense révolte.

Le film y gagne des séquences littéralement stupéfiantes, au cours desquels une meute gigantesque (plus de 300 chiens ont été utilisés par le tournage) déferle dans les rues désertes, s'attaque aux habitants, s'affronte à la police anti-émeutes… Une référence vient immédiatement, celle des Oiseaux : comme le film d'Hitchcock, qui fit date en son temps, White god joue sur cette peur viscérale de l'animalité, le "meilleur ami de l'homme" se transformant ici en bête sauvage. Hélas, le film ne pouvant tenir seulement sur ces scènes extraordinaires (qui ont sans doute permis au film de remporter son prix à Cannes), le scénario les a enchâssées dans une intrigue beaucoup plus conventionnelle, mettant en scène notre fameux Spartacus (le chien Hagen) et sa maîtresse (une toute jeune fille prénommée Lili). Une fois que le père de l'a obligé à se séparer de son fidèle compagnon, le film se divise en deux histoires parallèles : les malheurs du chien (qui tombe dans les mains d'un organisateur de combats canins clandestins) et les états d'âme de la jeune fille (ostracisée par ses camarades), tous deux confrontés à la cruauté des hommes… Si l'on a du mal à s'intéresser, faute d'enjeux dramatiques forts, à la partie mettant en scène les humains, la fiction animalière souffre elle des maux habituels du genre, déjà pointés par André Bazin ("Montage interdit", texte paru en 1957 dans les Cahiers du cinéma) : les artifices du montage (qui permet d'échafauder une histoire "sans que les protagonistes aient presque jamais fait autre chose que se tenir tranquilles dans le champ de la caméra") et du fameux effet Koulechov n'arrive pas toujours à compenser l'absence de direction "d'acteurs"… Surtout, dans le cas de White God, l'anthroporphisme inhérent au genre entre en contradiction avec les scènes de sauvagerie qui constituent l'acmé du film…

White god est donc un film hybride, et quelque peu bancal. La parabole est en tout cas suffisamment transparente pour se passer d'explication : cette chasse aux "sang-mêlés" dans une société crispée métaphorise la dérive xénophobe d'un régime national-populiste… Comme le dit le proverbe, "The more I see men, the more I like dogs."

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